Maroc: le vin est-il tiré pour le gouvernement islamiste ?

Quatorze députés du Parti de la Justice et du Développement (PJD islamistes modérés, à la tête du gouvernement marocain) on récemment déposé une proposition de loi au parlement chérifien visant à interdire « toute forme » de publicité pour les produits alcoolisés.

Dans une démarche inattendue, cinq associations professionnelles marocaines, allant du tourisme, à l’hôtellerie, aux métiers de l’hospitalité et aux producteurs de raisin, leur ont donné la réplique et ont demandé dans un courrier exclusif dévoilé par le journal casablancais « Les Echos Quotidien » la constitution d’une mission d’information « bipartisane » au Président du parlement Karim Ghellab. En faisant une telle proposition –qui ne peut que faire consensus- et en choisissant de pas s’opposer frontalement à cette proposition de loi, les professionnels ont probablement estimé que cette mesure intervenait à un moment particulier pour le Maroc, le pays cherchant à retrouver de la croissance économique sur fond d’année agricole morose et de tensions budgétaires qui font craindre la mise en place d’une politique d’austérité. Selon certains observateurs, cette proposition de loi intervient également à un moment où le gouvernement islamiste dirigé par Abdelilah Benkirane n’a pas encore fait la démonstration de sa capacité à gérer les dossiers économiques prégnants du Royaume , et où la seule mesure visible adoptée en ce domaine a consisté à augmenter les couts du carburant à la pompe, bien que ces derniers restent encore largement subventionnés.

D’autres experts du Maghreb s’interrogent sur le timing de cette proposition de loi, car le chef de gouvernement, il y a encore quelques mois lors d’un rendez vous avec des patrons français du MEDEF, assurait que l’Alcool n’était pas une « priorité » de son gouvernement, et que les chantiers d’amélioration de la bonne gouvernance et de mise à niveau de l’économie seraient en tête de son agenda. Faut il ainsi voir dans cette proposition de loi un reniement des promesses faites il y a à peine quelques semaines par Abdelilah Benkirane ? Faut-il y voir aussi une volonté de substituer des mesures « populistes » à des solutions économiques concrètes pour mettre le pays à niveau dans un contexte marqué par la crise de ses partenaires naturels européens? Pour ce fin connaisseur du Maroc, il n’y quasiment aucune chance que cette proposition de loi passe, car elle doit recueillir plus des 2/3 de suffrages au parlement (elle n’émane pas du gouvernement), et elle menace un écosystème à l’impact conséquent sur l’économie.

Pour beaucoup, cette proposition de mettre sur pieds une mission d’information bipartisane permettrait de sortir par le haut et de légiférer à minima sur le sujet, offrant à chacune des parties une sortie « honorable ». Si le vin (marocain) semble tiré, reste au parlement à le boire…

 

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