Audiovisuel au Maroc : Amina Bouayache monte au front

Au Maroc, le silence assourdissant des militants des droits de l’homme sur la délicate réforme de l’audiovisuel qui divise l’opinion depuis plusieurs semaines prenait des allures inquiétantes. Dans une tribune remarquée parue dans le journal électronique Slate – créé par Jean Marie Colombani, ancien patron du « Monde »- l’ex Présidente de l’Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH) Amina Bouayach a rompu ce silence et s’est exprimée en des termes sans équivoque.

Pour la militante des droits de l’homme, le débat qui fait rage actuellement autour de la dite réforme, reflèterait une certaine réticence de la part du gouvernement islamiste vis-à-vis des « nouvelles dispositions constitutionnelles touchant à l’identité plurielle, aux droits et libertés individuels et à la place des langues dans la société » Ce projet de réforme, soutient-elle, « aspire en effet à l’uniformisation de l’opinion publique par l’imposition d’une langue dominante, la limitation des ressources financières provenant de la publicité et la dissuasion de la créativité artistique aussi bien individuelle que collective ». « Ce débat parfois musclé et en tout cas acharné », relève-t-elle, « ne s’est pas limité uniquement à la répartition des heures d’antennes ou d’écoute ou au contenu des émissions. Au contraire, il s’étend bien au-delà, touchant à la problématique de la modernité des médias quant aux valeurs des droits de l’homme et de pluralisme de la société. » Il faut dire que la société civile a été assez timorée sur cette question ces dernières semaines, mis à part deux ou trois prises de positions remarquées, ce qui donne toute son importance à cette prise de position D’Amina Bouayache, qui est aujourd’hui Vice Présidente de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH). Les derniers rebondissements dans cette affaire font état de discussions ouvertes entre le roi et son Premier ministre, suite auxquelles, ce dernier aurait été rappelé à l’ordre et sommé de se conformer à la Constitution. Le gouvernement devrait suspendre provisoirement la publication au BO desdits cahiers des charges pour y introduire certaines retouches. Une affaire à suivre.

 

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