Les islamistes marocains, l’énigme des élections législatives

De notre envoyée spécial au Maroc, Julie Rafondriaka

Depuis l’ouverture de la campagne officielle pour les législatives vendredi dernier, la vie politique du royaume Chérifien vit au rythme des meetings des candidats à la députation, qui rivalisent d’ingéniosité pour attirer les électeurs.

Si certains ministres, tels Ahmed Chami (Commerce) ou Yasmina Baddou (Santé) ont misé sur le tout-numérique en rafraichissants leurs blogs ou pages Facebook, la plupart des autres candidats comptent sur des campagnes de proximité, au plus près d’électeurs que l’on dit en « rupture » avec le monde politique. La rengaine est en effet souvent la même, ainsi, Omar, 32 ans, téléopérateur rencontré dans les rues de Casablanca, affirme : « Nous n’avons que le roi, les hommes politiques ça va, ça vient, mais « Sidna » (le roi) est toujours là pour nous, même si certains membres de son entourage sont néfastes ». Mais la véritable inconnue de ce scrutin, qui passionne les cercles politiques de Rabat ou Casablanca, c’est le score des islamistes du PJD, qui devraient effectuer une percée lors du scrutin du 25 Novembre. « C’est une vue de l’esprit, le PJD est peu présent dans les campagnes, ce qui lui barre la route d’un éventuel raz de marée », nous confie ce membre du bureau exécutif de l’USFP, le parti socialiste marocain, qui estime que le parti islamiste est « surévalué, car il bénéficie de l’effet Annahdha en Tunisie, combiné à la popularité des islamistes turcs ». Le prisme avec lequel les islamistes sont vus au Maroc serait ils déformé ? C’est en tout cas ce que semblent penser un certain nombre d’experts et d’observateurs du Maroc, rappelant que l’histoire, ainsi que la structure du pouvoir du Royaume Chérifien ne permet pas aux islamistes de prétendre aux premiers rôles. « La commanderie des croyants (NDLR : Mohammed VI porte le titre d’ « Emir des croyants » , ou « Amir Al Muminine ») leur barre la route, personne ne peut prétendre rivaliser avec l’institution monarchique au Maroc, car elle est ancrée dans l’imaginaire collectif et dans la projection du pays », nous résume ce journaliste étranger accrédité à Rabat et rencontré au mythique café Maure, niché sur les hauteurs des remparts des Oudayas.

De cette vue imprenable, se profile un Maroc qui se veut une combinaison harmonieuse de progrès et de traditions, avec un tramway flambant neuf qui relie depuis quelques mois la ville mitoyenne de Salé à la capitale administrative du Royaume, passant sous la « Tour Hassan », ou est enterré Hassan II, décédé en 1999. Depuis cette date et l’accès au trône de Mohammed VI , le Maroc a connu un boom économique incontestable –près de 5% de croissance par an- mais le pays peine encore à combattre la grande pauvreté, malgré un plan massif pour le développement enclenché en 2006, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) , dont les résultats commencent néanmoins être ressentis par les populations. Après avoir trouvé son modèle économique, il reste au Maroc à imaginer son modèle social, avec des finances publiques lourdement grevées par le système de compensation qui permet de contenir les prix des produits de première nécessité.

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