Patrick Haimzadeh : « L’Islam, en Libye, fait partie de la vie des gens. »

Patrick Haimzadeh : « L’Islam, en Libye, fait partie de la vie des gens. »

Patrick Haimzadeh a travaillé comme coopérant et analyste. Il a été diplomate de 2001 à 2004 en Libye. Cet ancien lieutenant colonel de l’armée de l’air d’ascendance iranienne, arabisant, a publié « Au cœur de la Libye de Kadhafi » (Lattès, 2011) une analyse des structures et des croyances de ce pays donnée par les libyens eux-mêmes. Conquêtes phéniciennes, occupation italienne, régime Kadhafiste, religion… Autant d’éléments indispensables pour comprendre ce qui s’est passé en Libye depuis février 2011.

La Lettre Méditerranée :

Croyez-vous en une pacification rapide de la Libye ?

Patrick Haimzadeh :

-« Il ne faut pas raisonner en termes de durée mais plutôt en parlant de méthode. Il est clair que le Conseil National de Transition (CNT) a les moyens d’écraser militairement les dernières résistances. Qu’il n’ait pas fait ce choix est un signe positif dans la recherche d’une paix civile. Maintenant, il est clair que la pacification du « grand sud » risque de prendre du temps. C’est une zone immense avec des populations frontalières habituées à circuler d’un pays à l’autre, entre Tchad, Libye et Niger. Le système de Kadhafi s’appuyait sur ce « grand sud » avec des systèmes de rétribution intéressant les différentes tribus de cette région. »

La Lettre Méditerranée :

Quel système politique pour la nouvelle Libye ?

Patrick Haimzadeh:

-« C’est aux libyens de décider de leur avenir mais ce qui fait sens pour eux c’est d’abord le local puis le régional et – enfin – le national. Pendant une période, sous la monarchie, a existé un système fédéral. Trois régions avec de fortes dévolutions aux parlements locaux et un pouvoir central qui gérait les questions de défense ou de financement des administrations. J’ai tendance à penser que ce système correspond bien à ce pays. De toute façon, toute ingérence d’un pouvoir central dans les affaires locales est mal vue en Libye. »

La Lettre Méditerranée :

La constitution prochainement adoptée en Lybie peut-elle s’appuyer sur l’Islam ?

Patrick Haimzadeh:

-« L’Islam, en Libye, fait partie de la vie des gens, ce n’est pas un problème. Ça à l’air d’être plus un problème pour nous, occidentaux, qui projetons nos fantasmes d’Islamisme. En Libye, la religion fait partie du quotidien. Alors, que la Charia soit une des bases de la constitution ça ne fait aucun doute puisque c’est un état musulman à cent pour cent ! Il n’y a pas de minorités chrétienne ou chiite comme dans d’autres pays du Moyen-Orient. Donc, ça ne pose pas de problème. La majorité des libyens sont pour cette solution et considèrent l’Islam comme partie intégrante de leur identité. Tout dépendra ensuite de la distance à cette Charia inscrite dans la constitution mais aussi de l’application qui en sera faite par les tribunaux. »

La Lettre Méditerranée :

La Libye a-t-elle les moyens d’un développement économique rapide ?

Patrick Haimzadeh:

-« Tout va dépendre d’abord de la sécurisation du pays. Les sites pétroliers sont au centre et dans le sud du pays, des zones très exposées. Or, il va falloir que l’exploitation puisse reprendre. Ça veut dire que des expatriés reviennent et que des compagnies étrangères réinvestissent là-bas. On parle de 2013 pour arriver au niveau des exportations d’avant la guerre. C’est à dire, un million de barils par jour. »

La Lettre Méditerranée :

Cela permet de financer beaucoup de nouveaux projets…

Patrick Haimzadeh:

-« Oui, un million de barils par jour à 100 dollars le baril… Vous voyez que pour un pays de 5 millions d’habitants, c’est énorme ! Ils ont des ressources financières qui leur ouvrent toutes les possibilités. Notamment d’investir dans les domaines de l’Education et de la Santé particulièrement délaissés jusqu’à maintenant. »

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